LES ECHOS (16 Dec 2016)

LES ECHOS:   LE CERCLE/POINT DE VUE    16 December 16

Il faut rétablir le droit pour les auteurs à une rémunération proportionnelle à l’utilisation de leurs oeuvres.

On nous chante aujourd’hui à longueur de temps les valeurs de l’économie de partage et de l’économie collaborative ; les réseaux sont sociaux et ouverts, et on a l’impression qu’il n’y a que des gagnants à la nouvelle grande loterie économique où l’innovation «disruptive» amène de «profonds changements structurels» et de nouveaux «business models» qui «profitent à tous». Tout cela sonne très rock et moderne.

Mais la plainte déposée contre Vivendi par l’acteur, compositeur, producteur, réalisateur et scénariste américain Harry Shearer sur la façon dont le groupe a géré les droits du film «This is Spinal Tap» rappelle en fait un refrain trop connu : le partage n’est pas équitable entre artistes et industriels. Harry Shearer, vedette mondiale et coauteur du film, peut attaquer. Ennio Morricone, autre artiste légendaire, lui a emboîté le pas. Mais combien, moins connus, moins aisés, moins libres ont dû et doivent encore s’incliner ? L’enjeu, outre les aspects d’éthique ou de morale, est de bousculer le partage de valeur entre artistes et distributeurs, créateurs et firmes, inventeurs et usines.

Oeuvres aux vies multiples

Ces initiatives ont peu marqué les esprits en France : la conscience du poids de l’industrie du divertissement n’y est pas la même que dans le monde anglo-saxon. Pourtant la réalité est là : aujourd’hui encore, et sans doute aujourd’hui plus qu’hier, du fait des nouveaux acteurs qui se sont invités dans la chaîne de valeur, les auteurs d’un film ne sont pas certains d’être associés à la vie de leur oeuvre et à son succès.

Le film vit plusieurs vies : salles, DVD, VoD ; il peut même ressortir plusieurs fois, devenir une oeuvre culte reconnue dans le monde entier. Mais, le plus souvent, il n’y a rien de plus pour les auteurs en rémunération de ce succès et des différentes exploitations. Comme si, pour eux, le film n’avait finalement pas existé ou n’avait été vu par personne.

Le droit d’auteur a été créé il y a plus de deux siècles ; il s’agissait de créer un cadre légal favorable à l’essor et à la diversité de la création en permettant aux auteurs de vivre de leur travail et d’être associés au succès de leur oeuvre. Venus bien après, les scénaristes et réalisateurs ont vu le lien entre l’exploitation de leurs oeuvres et leur rémunération se déliter dans le temps. Dans la plupart des pays, une rémunération forfaitaire a remplacé le droit légitime à une rémunération proportionnelle pour chaque exploitation. La négociation de cette rémunération ayant lieu avant la mise en production, sans pouvoir estimer le succès ou non dans le monde entier et pour toutes les exploitations, on ne peut donc pas parler d’une rémunération équitable.

Droit incessible et inaliénable

C’est tout le sens de la campagne que mène Writers and Directors Worldwide avec la Confédération internationale des sociétés d’auteurs, la Cisac, afin d’inscrire dans la loi ce droit essentiel pour les auteurs à une rémunération proportionnelle pour l’utilisation et la diffusion de leurs oeuvres audiovisuelles. Un droit incessible et inaliénable, la reconnaissance du statut d’auteur pour les scénaristes et réalisateurs, une rémunération résultant d’une négociation équilibrée, à la charge des utilisateurs des oeuvres et gérée collectivement par les organisations d’auteurs. Un droit universel pour un marché mondial.

Ce droit ne remet pas en question la cession de droits au producteur, bien évidemment. Mais, dans les pays qui l’ont introduit, comme en Italie, il est en fait un catalyseur de succès ; il préserve la liberté de création, l’existence de créateurs indépendants, et garantit la diversité et le renouvellement de la création. Il s’agit d’un rééquilibrage encadré par le législateur, d’une recherche de partage équitable et non d’une taxe prélevée auprès du public ou enlevée au producteur, celui qui a su parier sur le film avec ses auteurs et ses partenaires.

Yves Nilly est président de Writers & Directors Worldwide, et administrateur delégué de la SACD, société des auteurs-compositeurs dramatiques

En savoir plus sur http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/0211556825414-il-est-temps-darreter-de-passer-les-auteurs-par-pertes-et-profits-2051027.php#WqATwuRmrUzkDzRf.99

  • Fairness Rocks news

    SOURCE: LES ECHOS

    Date: December 16, 2016

    Read more

    close

  • Creators Rights: Harry Shearer, known as the voice of The Simpsons, Fights Vivendi in the US

    1st December 2016

    Full article available here: http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/12/01/droits-d-auteur-harry-shearer-connu-pour-etre-la-voix-des-simpsons-attaque-vivendi-aux-etats-unis_5041434_3234.html#lVKyK9T8oc0bKhx4.99

    Translation:

    Creators Rights: Harry Shearer, known as the voice of The Simpsons, Fights Vivendi in the US

    By filing a complaint against the producer, the American denounces the fraudulent practices of Hollywood studios over remuneration for artists.

    For fear of being placed on a blacklist, artists rarely attack the producers of Hollywood films. Harry Shearer, composer, producer, Director and writer known worldwide for having lent his voice to 23 of the Simpsons characters, didn’t beat about the bush.
    On 17 October, he filed a complaint against Vivendi in the Central Court of California, Los Angeles, accusing Vivendi of fraud and demanding $125 million (euros 118 million) for unpaid fees and compensation.

    The dispute is, according to the complaint, about the film “This is Spinal Tap”, of which Harry Shearer was co-creator of the script and sound track and, as actor, since he played the role of bassist, Derek Smalls. According to the complaint, Vivendi and its subsidiaries—Studio Canal and Universal Music Group –have deliberately manipulated accounting data and breached agreed procedures, denying him, as well as his three co-creators of “This is Spinal Tap” – Christopher Guest, Michael McKean, and Rob Reiner – payment of rights.

    Rivers of gold

    In 1982, all four creators had signed an agreement with Embassy Pictures, to assign 40% of net revenue to them as creators, based on all of the income of the film, music and derivative merchandise products.
    This low budget ($2,25 million) film, released in 1984 and bought by Vivendi in 1989 through its subsidiary Canal Plus, has generated waves of gold. “Tens of millions dollars” according to the complaint. And yet, the amount assigned to the four creators between 1984 and 2006 was $81 for related merchandise and $98 for music-related sales…

    “I first got sporadic information from Vivendi, then nothing. They left me in the dark for a long time”, Harry Shearer explains to Le Monde. “I was told that the film had never made money. Due to difficulties in obtaining information from Vivendi, it took a long time for my lawyer, Amanda Harcourt, to prepare an accurate report to highlight what the film had made.”

    The studios ‘in position of strength’

    After two worldwide releases, a huge number of CDs, DVDs and other derivative music sales which are still being distributed, those who created the band and who first released the film still have not earned what is owed them. This annoys the American.
    Has this case been issued because Harry Shearer is sufficiently well-known and so does not run the risk of being banned by the studios? Does it expose an unknown systematic plundering the rights of artists in the United States? “There are very many cases of painful situations for artists, musicians, actors who are not paid for the work they have done. Their works can be for example illegally exploited on Internet download platforms”, says the creator.
    M. Shearer is starting on a crusade for all artists tricked by the studios. “Hollywood, is rather a bubble of isolation” from which nothing filters through, according to him: “It’s a totally asymmetric system between the creators and the film studios. There are far more people who want to work than there are jobs. The studios, in a position of strength, know how to make use of this inequality”.

    For Amanda Harcourt, accounting practices in Hollywood are often designed to minimize the proceeds of a film so that the studio is not obliged to pay out a percentage of the profits. As well as corporations avoiding paying taxes in some countries, the income of certain subsidiaries can be aggregated so that some costs are absorbed within revenue streams. The different positions between operations, derivatives or distribution are shared out so that the film is never profitable.

    Accounting subtlety

    ‘Goodfellas’, ‘Spider-Man’, “Return of the Jedi”… None of these blockbusters were profitable. Among the victims of these accounting subtleties, Series VI of Star Wars, Return of the Jedi, which “has never been profitable”, according to its producer even though the film has earned $500 million revenue, just like Harry Potter and the Order of the Phoenix, which officially lost $170 million, explains Harry Shearer’s lawyer. In the same way, Martin Scorsese’s Goodfellas (Warner Bros.) or John Landis’ Coming to America (Paramount) have never made a dime.
    Stan Lee, Spider-Man’s co-creator, did not earn a single dollar whereas the film, released in 2002, generated $ 800 million. He decided to sue Marvel Comics. In the same vein, Peter Jackson, the Director of the Lord of the Rings trilogy, sued New Line Cinema.

    Many groups who are not from the world of cinema, like Sony, Rupert Murdoch or Vivendi, have invested in Hollywood, with “making a fortune” in mind. This was not always the case. But Hollywood accounting has generated far more profit for businesses than for the creators. Shearer claims “It’s a very favorable industry for producers”.

    To the question “why am I seeking $ 125 million?”, Harry Shearer replies that “this figure is related to the assessment of the receipts due but not paid and compensation”. “This is serious; “I wouldn’t lodge a claim for $5! Vivendi, for its part, does not comment on pending litigation.

  • Fairness Rocks news

    SOURCE: Le Monde

    Date: December 1, 2016

    Read more

    close